Proverbes et citations

Gide (André) - citations

Gide, André (1869-1951), écrivain français. Fils de Paul Gide, professeur à la faculté de droit de Paris, et de Juliette Rondeaux, riche héritière d'une famille d'industriels normands de confession protestante, André Gide naquit à Paris le 22 novembre 1869. Il vécut une enfance maladive, inquiète, pendant laquelle il cultiva, peut-être autant qu'il les subissait, de fréquentes crises nerveuses. Sa scolarité, assurée surtout par des précepteurs particuliers, fut irrégulière. Après la mort de son père, en 1880, il se trouva plongé dans un univers presque exclusivement féminin: sa mère, proche et protectrice, sa gouvernante, ses tantes et ses cousines. C'est après son baccalauréat, en 1888, qu'il décida d'embrasser la carrière littéraire, facilitée par sa fortune personnelle. Dès 1891, il publia sa première œuvre, un roman d'inspiration partiellement autobiographique intitulé les Cahiers d'André Walter. Il fit alors son entrée dans les milieux littéraires de l'époque, rencontra Maurice Barrès, Stéphane Mallarmé, Paul Valéry, et surtout l'écrivain et dandy irlandais Oscar Wilde, dont l'influence fut déterminante sur lui. Le Traité du Narcisse (1891), les Poésies d'André Walter (1892), le Voyage d'Urien (1893) et la Tentative amoureuse (1893), publiés à compte d'auteur, le firent ensuite connaître d'un petit cercle d'amateurs éclairés. C'est en 1893 que, parti en Tunisie avec son ami le peintre Paul-Albert Laurens pour soigner un début de tuberculose, il parvint à rompre partiellement avec les principes puritains de sa jeunesse; il découvrit par la même occasion une homosexualité qui devait le torturer durant de longues années. En 1895, de retour d'un voyage en Afrique effectué avec Oscar Wilde, il perdit sa mère. Peu de temps après, il épousa sa cousine, Madeleine Rondeaux, qu'il aimait depuis l'enfance, mais avec qui, de son propre aveu, il n'eut jamais de relations sexuelles. Après avoir publié Paludes (1895), Gide se lança dans la rédaction d'ouvrages où il exalte sa liberté retrouvée, loin des entraves du conformisme social, qu'il soit moral ou esthétique: les Nourritures terrestres (1897), le Prométhée mal enchaîné (1899) et l'Immoraliste (1902) reprennent la même affirmation de la valeur de l'individu et prônent la recherche du plaisir tout en montrant ses limites. La publication des Nourritures terrestres lui valut de nombreux disciples, mais le premier de ses livres qui atteignit un large public fut la Porte étroite (1909), récit inspiré d'un amour de jeunesse, où il dénonce les risques du mysticisme. En 1909 également, Gide, désormais reconnu, fonda avec certains de ses amis — parmi lesquels Jacques Copeau et Jean Schlumberger — une revue qui devait être appelée à un bel avenir, la Nouvelle Revue française, qui donna naissance aux éditions Gallimard. En 1914, Gide publia les Caves du Vatican, récit qui peut être considéré comme l'expression la plus poussée de la liberté gidienne. Après la guerre, et pour la première fois de sa vie, Gide parvint à nouer une relation homosexuelle durable, avec le jeune cinéaste Marc Allégret. Alors qu'il effectuait un voyage en Angleterre avec ce dernier, sa femme, Madeleine, brûla toutes ses lettres, geste vécu par Gide comme une véritable amputation. Les années 1920 furent pour Gide les années de la maturité, marquées par la publication de la Symphonie pastorale (1919), de Corydon (1924), manifeste en faveur de l'homosexualité, de Si le grain ne meurt (1920-1924), récit autobiographique, et des Faux-Monnayeurs (1926), que Gide considérait comme son premier véritable roman. L'entre-deux-guerres fut aussi pour Gide une période d'engagements idéologiques: contre le colonialisme — après un voyage effectué en 1925 au Congo et au Tchad, où il avait été mandaté par le gouvernement (Voyage au Congo, 1927; Retour du Tchad, 1928) —, mais aussi contre l'hitlérisme et le fascisme, puis, après un séjour en URSS, contre le régime soviétique (Retour de l'URSS, 1936, et Retouches à mon retour de l'URSS, 1937). Après la mort de Madeleine en 1938, Gide décida de publier le journal qu'il tenait depuis 1889. Avec ce "Journal 1889-1839", complété par la publication ultérieure des volumes 1839-1942 et 1942-1949, et qui passe pour son ouvrage le plus important, l'œuvre de Gide apparaît pleinement pour ce qu'elle est: indissociable des autres aspects de sa vie et se combinant avec eux, elle semble indispensable pour faire exister pleinement son auteur, en tant qu'écrivain bien sûr, mais aussi en tant qu'homme. André Gide, qui est le premier écrivain à avoir été publié dans la "Bibliothèque de la Pléiade" de son vivant, reçut le prix Nobel de littérature en 1947. Il mourut à Paris le 19 février 1951.

Ah! jeunesse - l'homme ne la possède qu'un temps et le reste du temps la rappelle.

Avec qui l'homme se consolerait-il d'une déchéance, sinon avec ce qui l'a déchu?

C'est le propre de l'amour... d'être forcé de croître, sous peine de diminuer.

C'est par nous que Dieu s'obtient.

C'est une vaine ambition que de tâcher de ressembler à tout le monde, puisque tout le monde est composé de chacun et que chacun ne ressemble à personne.

Ce qui n'est pas, c'est ce qui ne pouvait pas être.

Dans le domaine des sentiments, le réel ne se distingue pas de l'imaginaire.

De combien d'hommes ne peut-on penser que c'est par médiocrité qu'ils sont sages?

Dès l'instant que j'eus compris que Dieu n'était pas encore mais qu'il devenait, et qu'il dépendait de chacun de nous qu'il devînt, la morale en moi fut restaurée.

En art, comme partout, la pureté seule m'importe.

Entre le «to be» et le «not to be» pas assez de distance pour glisser le monologue de Hamlet.

Familles! je vous hais! Foyers clos; portes refermées; possessions jalouses du bonheur.

Il entre dans toutes les actions humaines plus de hasard que de décision.

Il est bien peu de monstres qui méritent la peur que nous en avons.

Il est bon de suivre sa pente pourvu que ce soit en montant.

Il faut de l'esprit pour bien parler, de l'intelligence suffit pour bien écouter.

Il n'y a guère de «règles de vie» dont on ne puisse se dire qu'il y aurait plus de sagesse à en prendre le contre-pied qu'à les suivre.

Il n'y a pas de problème; il n'y a que des solutions. L'esprit de l'homme invente ensuite le problème.

Ils sont rares, de nos jours, ceux qui atteignent la quarantaine sans vérole et sans décoration.

J'aime ceux qui ne savent pas trop pourquoi ils aiment, c'est qu'alors ils aiment vraiment.

Je n'admire jamais tant la beauté que lorsqu'elle ne sait plus qu'elle est belle.

Je n'aime pas les hommes, j'aime ce qui les dévore.

Je n'écris plus une phrase affirmative sans être tenté d'y ajouter: «peut-être».

Je ne puis admirer pleinement le courage de celui qui méprise la vie.

Je puis douter de la réalité de tout, mais pas de la réalité de mon doute.

Je sais à présent goûter la quiète éternité dans l'instant.

L'appétit de savoir naît du doute. Cesse de croire et instruis-toi.

L'expérience instruit plus sûrement que le conseil.

L'homme est plus intéressant que les hommes; c'est lui et non pas eux que Dieu a fait à son image. Chacun est plus précieux que tous.

L'homme sage vit sans morale, selon sa sagesse. Nous devons essayer d'arriver à l'immoralité supérieure.

L'important n'est pas que vous soyez ou non licencieux. L'important c'est que vous ayez le droit de l'être.

La cruauté, c'est le premier des attributs de Dieu.

La foi soulève des montagnes, oui: des montagnes d'absurdité.

La foi tout court remplace la bonne.

La mélancolie n'est que de la ferveur retombée.

La sagesse n'est pas dans la raison, mais dans l'amour.

Le catholicisme est inadmissible, le protestantisme est intolérable.

Le meilleur moyen pour apprendre à se connaître, c'est de chercher à comprendre autrui.

Le monde ne sera sauvé, s'il peut l'être, que par des insoumis.

Le nombre de choses qu'il n'y a pas lieu de dire augmente chaque jour.

Le plus beau sommeil ne vaut pas le moment où l'on se réveille.

Le plus beau souvenir ne m'apparaît que comme une épave du bonheur.

Le plus grand bonheur après que d'aimer, c'est de confesser son amour.

Le présent serait plein de tous les avenirs, si le passé n'y projetait déjà une histoire.

Le sage est celui qui s'étonne de tout.

Les bourgeois honnêtes ne comprennent pas qu'on puisse être honnête autrement qu'eux.

Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu'écrit la raison.

Les plus douteux égarements de la chair m'ont laissé l'âme plus tranquille que la moindre incorrection de mon esprit.

Les plus détestables mensonges sont ceux qui se rapprochent le plus de la vérité.

Les rapports de l'homme avec Dieu m'ont de tous temps paru beaucoup plus importants et intéressants que les rapports des hommes entre eux.

Ne crois pas que ta vérité puisse être trouvée par quelque autre.

Ne distingue pas Dieu du bonheur et place tout ton bonheur dans l'instant.

Ne peut rien pour le bonheur d'autrui celui qui ne sait être heureux lui-même.

Non s'efforcer vers le plaisir mais trouver son plaisir dans l'effort même, c'est le secret de mon bonheur.

Nos actes les plus sincères sont aussi les plus calculés.

Nous entrons dans une époque où le libéralisme va devenir la plus suspecte et la plus impraticable des vertus.

Nous sommes responsables d'à peu près tous les maux dont nous souffrons.

On appelle «bonheur» un concours de circonstances qui permette la joie. Mais on appelle joie cet état de l'être qui n'a besoin de rien pour se sentir heureux.

On ne peut à la fois être sincère et le paraître.

Pour moi, être aimé n'est rien, c'est être préféré que je désire.

Quand je cesserai de m'indigner, j'aurai commencé ma vieillesse.

Quand les gens intelligents se piquent de ne pas comprendre, il est constant qu'ils y réussissent mieux que les sots.

Quand nous sommes jeunes, nous souhaitons de chastes épouses, sans savoir tout ce que nous coûtera leur vertu.

Que l'importance soit dans ton regard, non dans la chose regardée.

Si ce que tu manges ne te grise pas, c'est que tu n'avais pas faim.

Tout grand homme n'a qu'un souci: devenir banal.

Toute connaissance que n'a pas précédé une sensation m'est inutile.

Toute théorie n'est bonne qu'à condition de s'en servir pour passer outre.

Toutes choses sont dites déjà; mais comme personne n'écoute, il faut toujours recommencer.

Un bon formateur a ce souci constant: enseigner à se passer de lui.

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