Proverbes et citations

Malraux (André) - citations

Malraux, André (1901-1976), écrivain et homme politique français, dont l'œuvre engagée s'apparente à une vaste réflexion sur la possibilité d'échapper à la "condition humaine". Né à Paris, il abandonna ses études très tôt pour se lancer dans le commerce des livres rares, tout en continuant à se former, suivant notamment des cours à l'École des langues orientales. En 1923, il se rendit en Indochine pour effectuer des fouilles archéologiques. Arrêté pour avoir dérobé des statues dans un site cambodgien à l'abandon, il fut acquitté grâce au soutien des intellectuels et des artistes français. De retour au Cambodge en 1925, il prit part à la lutte que menaient les révolutionnaires annamites, dénonçant les exactions dont étaient victimes les indigènes dans les journaux éphémères qu'il fonda successivement avec Paul Monin (l'Indochine; l'Indochine enchaînée). De ces expériences en Orient naquirent trois romans, les Conquérants (1928), la Voie royale (1930), enfin, la Condition humaine (1933), qui lui valut de remporter le prix Goncourt et d'être reconnu sur le plan international. De retour en Europe, Malraux se mobilisa contre la montée du fascisme et du totalitarisme. Porteur d'une pétition en Allemagne en faveur de Dimitrov, injustement accusé d'avoir provoqué l'incendie du Reichstag, il s'engagea, bientôt aux côtés des républicains dans la guerre d'Espagne, fondant l'escadrille España dès les premiers jours du conflit. Dans l'ardeur de l'action, il conçut un vaste roman épique, l'Espoir (1938), dans lequel il rapporte cette expérience dans un style à la fois journalistique et cinématographique (il réalisa d'ailleurs lui-même une adaptation libre de ce roman pour le cinéma: Sierra de Terruel, 1938). Volontaire pour servir dans les chars en 1940, il fut capturé par les Allemands, parvint à s'évader et entreprit, dans sa retraite, la rédaction de deux romans qu'il n'acheva pas (le Règne du Malin; le Démon de l'absolu). Entré dans la Résistance sous le pseudonyme de colonel Berger, il fut arrêté et miraculeusement relaché par la Gestapo en 1944, puis participa activement (la libération du territoire à la tête de la brigade Alsace-Lorraine. Nommé membre du Gouvernement provisoire de la République française en tant que ministre de l'Information, il quitta le pouvoir en même temps que le général de Gaulle, qui le rappela en 1958 pour lui confier le ministère des Affaires culturelles. Attaché à ce poste jusqu'en 1969, il mena une politique de démocratisation et de décentralisation culturelle, créant notamment les premières maisons de la culture. Parallèlement, il poursuivit ses activités de critique d'art (Saturne, 1950, le Musée imaginaire, 1947, la Métamorphose des dieux, 1957), et écrivit ses Antimémoires, (1967), ainsi qu'un ouvrage de souvenirs et de réflexions, fondé sur les divers entretiens qu'il eut avec le général de Gaulle (les Chênes qu'on abat, 1971). Après la démission de ce dernier, Malraux abandonna ses fonctions et ses activités politiques pour se retirer dans les environs de Paris, où il continua à écrire jusqu'à sa mort (le Miroir des limbes, 1976). Malraux s'interroge, dès ses premiers ouvrages, sur la signification du monde et sur l'homme. À un moment où la civilisation sait qu'elle est mortelle et n'est plus sûre de ses valeurs, l'homme doit se réaliser par l'action — en s'engageant, il s'affirme face à "l'absolue réalité de la mort" — et par la création. Or la création suprême, l'acte souverain, c'est l'art qui apporte la réponse la plus significative à "l'interrogation que pose l'homme à sa part d'éternité"; il est un "non" définitif opposé à la mort, au destin. Le style de Malraux, où abondent les négatives, interrogatives et indéfinies, porte la marque de ce refus. Malraux meurt en 1976 à 75 ans.

Ah! que la victoire demeure avec ceux qui auront fait la guerre sans l'aimer!

Ce n'est pas la passion qui détruit l'oeuvre d'art, c'est la volonté de prouver.

Ce n'est pas par obéissance qu'on se fait tuer. Ni qu'on tue. Sauf les lâches.

Celui qui se tue court après une image qu'il s'est formée de lui-même: on ne se tue jamais que pour exister.

Cette auberge sans routes qui s'appelle la vie.

Connaître par l'intelligence, c'est la tentation vaine de se passer du temps.

Croyez-vous que toute vie réellement religieuse ne soit pas une conversion de chaque jour?

Dans la Résistance, la France reconnaissait ce qu'elle aurait voulu être, plus que ce qu'elle avait été.

Dieu n'est pas fait pour être mis dans le jeu des hommes comme un ciboire dans une poche de voleur.

Etre roi est idiot; ce qui compte c'est de faire un royaume.

Il est mauvais de penser aux hommes en fonction de leurs bassesses.

Il est peu d'actions que les rêves nourrissent au lieu de les pourrir.

Il n'y a pas cinquante manières de combattre, il n'y en a qu'une, c'est d'être vainqueur. Ni la révolution ni la guerre ne consistent à se plaire à soi-même.

Il n'y a pas de héros sans auditoire.

Il n'y a plus d'art populaire parce qu'il n'y a plus de peuple.

Il y a des guerres justes, il n'y a pas d'armées justes.

Il y a une fraternité qui ne se trouve que de l'autre côté de la mort.

J'ai appris qu'une vie ne vaut rien, mais que rien ne vaut la vie.

J'ai assez d'idées pour qu'on puisse me voler sans me nuire.

J'ai vu des démocraties intervenir contre à peu près tout, sauf contre les fascismes.

Je sais mal ce qu'est la liberté, mais je sais bien ce qu'est la libération.

Je vois dans l'Europe une barbarie attentivement ordonnée, où l'idée de la civilisation et celle de l'ordre sont chaque jour confondues.

L'Acropole est le seul lieu du monde hanté à la fois par l'esprit et par le courage.

L'homme s'est plus souvent lié à l'au-delà qu'il croit connaître qu'à celui qu'il sait ignorer.

L'héroïsme qui n'est que l'imitation de l'héroïsme ne mène à rien.

L'individu s'oppose à la collectivité, mais il s'en nourrit.

L'oeuvre surgit dans son temps et de son temps, mais elle devient oeuvre d'art par ce qui lui échappe.

L'érotisme, c'est l'humiliation en soi ou chez l'autre, peut-être chez tous les deux.

La Joconde sourit parce que tous ceux qui lui ont dessiné des moustaches sont morts.

La culture ne s'hérite pas, elle se conquiert.

La gloire trouve dans l'outrage son suprême éclat.

La jeunesse est une religion dont il faut toujours finir par se convertir.

La liberté appartient à ceux qui l'on conquise.

La mort n'est pas une chose si sérieuse; la douleur, oui.

La musique seule peut parler de la mort.

La révolution, c'est les vacances de la vie.

La sagesse est plus vulnérable que la beauté; car la sagesse est un art impur.

La tragédie de la mort est en ceci qu'elle transforme la vie en destin.

La vraie barbarie, c'est Dachau; la vraie civilisation, c'est d'abord la part de l'homme que les camps ont voulu détruire.

La vérité d'un homme, c'est d'abord ce qu'il cache.

Le chef-d'oeuvre est garant du génie, le génie n'est pas garant du chef-d'oeuvre.

Le coup d'état du christianisme, c'est d'avoir installé la fatalité dans l'homme. De l'avoir fondée sur notre nature.

Le difficile n'est pas d'être avec ses amis quand ils ont raison, mais quand ils ont tort.

Le monde aurait pu être simple comme le ciel et la mer.

Le mépris des hommes est fréquent chez les politiques, mais confidentiel.

Le pouvoir doit se définir par la possibilité d'en abuser.

Le propre des questions insolubles est d'être usées par la parole.

Le rêve secret d'une bonne partie de la France et de la plupart de ses intellectuels, c'est une guillotine sans guillotinés.

Le sens du mot art est tenter de donner conscience à des hommes de la grandeur qu'ils ignorent en eux.

Le tombeau des héros est le coeur des vivants.

Les hommes ne meurent que pour ce qui n'existe pas.

Les intellectuels sont comme les femmes, les militaires les font rêver.

Les millénaires n'ont pas suffi à l'homme pour apprendre à voir mourir.

On n'enseigne pas à tendre l'autre joue à des gens qui, depuis deux mille ans, n'ont jamais reçu que des gifles.

On ne connaît jamais un être, mais on cesse parfois de sentir qu'on l'ignore.

On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n'en fait pas davantage sans.

On ne peut pas faire un art qui parle aux masses quand on n'a rien à leur dire.

On ne voit vieillir que les autres.

Pourquoi la vanité est-elle aussi forte que la mort?

Quel jour étonnant, que le jour où l'homme s'est mis à se croire éternel!

Reconnaître la liberté d'un autre, c'est lui donner raison contre sa propre souffrance.

S'il existe une solitude où le solitaire est un abandonné, il en existe une où il n'est solitaire que parce que les hommes ne l'ont pas encore rejoint.

Tout aventurier est né d'un mythomane.

Tout sadisme semble la volonté délirante d'une impossible possession.

Toute civilisation est hantée, visiblement ou invisiblement, par ce qu'elle pense de la mort.

Toute douleur qui n'aide personne est absurde.

Toute oeuvre d'art survivante est amputée, et d'abord de son temps.

Une culture ne meurt que de sa propre faiblesse.

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