Proverbes et citations
 
 

Stendhal (Henri Beyle, dit) - citations

Stendhal (1783-1842), pseudonyme d'Henri Beyle, écrivain français qui fut un des principaux maîtres du réalisme psychologique. Né à Grenoble, il eut une jeunesse malheureuse, marquée par sa révolte contre son père et contre l'abbé Raillane, son précepteur et évoquée dans son roman autobiographique Vie de Henry Brulard (posth., 1890). Après avoir effectué ses humanités à Grenoble, il se rendit à Paris (1799) pour y suivre des études de mathématiques. Renonçant au concours de l'École polytechnique, il s'engagea dans l'armée de Bonaparte (1800) et devint sous-lieutenant de dragons. Au cours de ses diverses affectations, il découvrit l'Italie avec enthousiasme et commença, dès 1801, à reporter ses impressions de voyage dans son Journal (posth., 1888-1935). Passionné par la littérature après l'avoir été par le dessin et les mathématiques, il se livra à la lecture des romanciers et des philosophes du XVIIIe siècle, puis, désireux d'écrire «des comédies comme Molière», entreprit la rédaction de deux pièces de théâtre (les Deux Hommes et Letellier), qu'il n'acheva pas. Lassé par la vie de garnison, il donna sa démission en 1802 et revint chercher fortune à Paris, où il mena une vie mondaine de dandy, fréquentant les salons et les théâtres. Sa situation financière devenant préoccupante et ses tentatives littéraires n'aboutissant pas, il reprit du service dans l'intendance (1806), et accompagna l'armée de Napoléon en Allemagne, où la petite ville de Stendal lui fournit son futur pseudonyme. Devenu adjoint aux commissaires des guerres, il assista à la bataille d'Iéna et à l'entrée triomphale de l'empereur à Berlin, puis fut chargé de missions diplomatiques sous les ordres du comte Daru à Strasbourg, à Vienne et à Linz (1809). L'année 1810 fut sans doute la plus heureuse de sa vie: nommé auditeur au Conseil d'État et inspecteur du mobilier et des bâtiments de la Couronne, il se lia avec Mérimée et renoua avec cette existence raffinée et brillante qui lui était chère et qui convenait parfaitement à ses nouvelles fonctions. Après un bref séjour en Italie, il fut rappelé sous les drapeaux, participa à la retraite de Russie et fut envoyé en mission dans le Dauphiné lors de la bataille de France. Il ne revint à Paris que pour assister à la chute de l'Empire. Il s'installa alors à Milan (1814-1821), y fit paraître deux compilations sous deux pseudonymes différents (Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, par L.A.C. Bombet, 1814; Histoire de la peinture en Italie, par M.B.A.A., 1817) et surtout un essai (Rome, Naples et Florence, 1817), signé pour la première fois du nom de Stendhal. À cette période commença sa véritable carrière littéraire. Contraint de quitter l'Italie pour des raisons politiques, il rentra à Paris, où il fut très bien reçu par la société mondaine. La fréquentation des salons ne parvint pas à lui faire oublier sa passion malheureuse pour Métilde Dembowski; elle lui inspira une analyse de l'amour (De l'amour, 1822) à laquelle il applique les méthodes des idéologues (Cabanis, Destutt de Tracy, Volney), dont la lecture l'a marqué durablement. Il y livre sa théorie devenue fameuse de la «cristallisation». C'est l'époque où le romantisme tente de s'imposer en France; partant de la conception du réalisme évoquée par Balzac dans son avant-propos de la Comédie humaine, Stendhal prit position en faveur d'un romantisme libéral (Racine et Shakespeare, 1823 et 1825). Puis parurent successivement deux romans, Armance (1827) et surtout le Rouge et le Noir (1830); considéré comme son premier chef-d'œuvre, ce roman de l'ambition et de l'énergie personnelle — dominé par la figure de Julien Sorel, jeune précepteur sorti du peuple qui parvient à séduire deux aristocrates, Mme de Rénal et Mathilde de La Mole, et meurt sur l'échafaud pour s'être insurgé contre l'ordre social — est aussi une «chronique de 1830» et la critique de la société française de la Restauration. Aujourd'hui reconnu comme un des plus grands romans français du XIXe siècle, cet ouvrage passa presque inaperçu au moment de sa publication. Nommé consul de France à Trieste en 1830, puis à Civitavecchia l'année suivante, Stendhal entreprit la rédaction d'un nouveau roman qu'il laissa inachevé (Lucien Leuwen, posth., 1855) et, parallèlement, rédigea les premières pages de ses Souvenirs d'égotisme (posth., 1893, également inachevé). En congé à Paris de 1837 à 1838, il donna à la Revue des Deux Mondes quelques-unes de ses Chroniques italiennes (posth., 1855), puis se rendit en province en vue d'écrire une relation de voyage (les Mémoires d'un touriste, 1838). C'est au cours de ces déplacements qu'il conçut l'idée de transposer en une chronique contemporaine des épisodes de la jeunesse d'Alexandre Farnèse: ce projet donna naissance à un nouveau chef-d'œuvre, la Chartreuse de Parme (1839). Napoléon, l'énergie, l'Italie, l'amour, l'ambition, les principaux thèmes stendhaliens se retrouvent dans cette confession romanesque d'une grande poésie qui valut à l'auteur cet hommage de Balzac: «M. Beyle a fait un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre.» Rentré à Civitavecchia, Stendhal entreprit un dernier roman, Lamiel (posth., 1899, inachevé) et publia Idées italiennes sur quelques tableaux célèbres (1840). Victime d'une crise d'apoplexie, il revint précipitamment à Paris, où une nouvelle attaque l'emporta. La personnalité et le talent original de Stendhal exercèrent une influence essentielle sur les lettres françaises, que conforta la publication tardive de son Journal ainsi que de celle de ses écrits inachevés et autobiographiques. Ses héros, si bien intégrés au monde et cependant si parfaitement détachés des idéaux communs, ne cessent de rappeler, avec leur créateur, que «l'art est une promesse de bonheur».

C'est en Italie et au XVIIe siècle qu'une princesse disait, en prenant une glace avec délices le soir d'une journée fort chaude: quel dommage que ce ne soit pas un péché!

Cent ans après sa mort, le plus grand bonheur qui puisse arriver à un grand homme, c'est d'avoir des ennemis.

Dans tous les partis, plus un homme a d'esprit, moins il est de son parti.

Elle lui dit un autre jour qu'elle gagerait qu'il avait deviné tout seul ce grand principe: que la parole a été donnée à l'homme pour cacher sa pensée.

En France, les hommes qui ont perdu leur femme sont tristes, les veuves au contraire gaies et heureuses.

En composant la Chartreuse, pour prendre le ton je lisais chaque matin deux ou trois pages du Code civil, afin d'être toujours naturel.

Il est difficile de ne pas s'exagérer le bonheur dont on ne jouit pas.

Il faut secouer la vie; autrement elle nous ronge.

J'ai assez vécu pour voir que différence engendre haine.

J'aimais et j'aime encore les mathématiques pour elles-mêmes comme n'admettant pas l'hypocrisie et le vague, mes deux bêtes d'aversion.

J'aime la force, et de la force que j'aime, une fourmi peut en montrer autant qu'un éléphant.

J'appelle caractère d'un homme sa manière habituelle d'aller à la chasse du bonheur, en termes plus clairs, mais moins significatifs: l'ensemble de ses habitudes morales.

Je tremble toujours de n'avoir écrit qu'un soupir, quand je crois avoir noté une vérité.

L'amour a toujours été pour moi la plus grande des affaires, ou plutôt la seule.

L'amour est la seule passion qui se paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-même.

La beauté n'est que la promesse du bonheur.

La bonne musique ne se trompe pas, et va droit au fond de l'âme chercher le chagrin qui nous dévore.

La haine a sa cristallisation; dès qu'on peut espérer de se venger, on recommence de haïr.

La parole a été donnée à l'homme pour cacher sa pensée.

La politique dans une oeuvre littéraire, c'est un coup de pistolet au milieu d'un concert.

La pruderie est une espèce d'avarice, la pire de toutes.

La vieillesse n'est autre chose que la privation de folie, l'absence d'illusions et de passion.

Le courage consiste à choisir le moindre mal, si affreux qu'il soit encore.

Le despotisme frappe le style de bêtise.

Le mauvais goût, c'est de confondre la mode, qui ne vit que de changements, avec le beau durable.

Le meilleur régime politique est la monarchie absolue tempérée par l'assassinat.

Le pire des malheurs en prison, c'est de ne pouvoir fermer sa porte.

Le succès flatteur est de conquérir et non de conserver.

Les femmes extrêmement belles étonnent moins le second jour.

Les paysages étaient comme un archet qui jouait sur mon âme.

Les plaisirs de l'amour sont toujours en proportion de la crainte.

L'admission des femmes à l'égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation, et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain.

On ne se console pas des chagrins, on s'en distrait.

On peut tout acquérir dans la solitude, hormis du caractère.

Plus on plaît généralement, moins on plaît profondément.

Prenez garde à vous; si vous continuez à être de bonne foi, nous allons être d'accord.

Quelle est la grande action qui ne soit pas un extrême au moment où on l'entreprend? C'est quand elle est accomplie qu'elle semble possible aux êtres du commun.

Qu'une femme sage ne se donne jamais la première fois par rendez-vous. Ce doit être un bonheur imprévu.

Rien ne rend méchant comme le malheur. Voyez les prudes.

Un roman est comme un archet, la caisse du violon qui rend les sons, c'est l'âme du lecteur.

Un roman est un miroir qui se promène sur une grande route.

Une collection de baïonnettes ou de guillotines ne peut pas plus arrêter une opinion qu'une collection de louis ne peut arrêter la goutte.

Page précédente | Retour au sommaire des citations par auteurs | Page suivante