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Tolstoï (Léon Nikolaïevitch, comte) - citations

Tolstoï, Léon (1828-1910), écrivain russe, qui reste, par ses romans Guerre et Paix et Anna Karénine, l'un des plus grands romanciers réalistes de tous les temps. Lev Nikolaïevitch Tolstoï naquit le 28 août 1828, à Iasnaïa Poliana, la propriété familiale, au sud de Moscou. Ses parents, de riches propriétaires terriens d'ancienne noblesse, disparurent alors que l'enfant n'avait que neuf ans. Léon Tolstoï et ses frères furent donc élevés, avec grand soin, par leur tante, qui confia leur éducation à des précepteurs français et allemands. À seize ans, Léon entra à l'université de Kazan, où il étudia sans assiduité les langues vivantes puis le droit; c'est là qu'il découvrit l'œuvre de Jean-Jacques Rousseau, qui eut sur lui une forte influence, et dès lors il ne supporta plus l'enseignement officiel: il arrêta ses études en 1847 sans avoir obtenu aucun diplôme, et mena pendant quelque temps une vie de bohème mondaine au sein de la haute société moscovite, avant de rentrer dans la propriété familiale (1848). À Iasnaïa Poliana, il essaya, sans succès, d'améliorer la condition des serfs qui travaillaient la terre. En 1851, lassé d'une vie trop tranquille, Tolstoï décida de s'engager dans l'armée et de rejoindre son frère, qui combattait dans le Caucase avec son régiment. Dans cette région, où il demeura pendant trois années, il côtoya pour la première fois ces Cosaques qu'il devait mettre en scène par la suite dans l'un de ses romans, les Cosaques (1863). Son premier texte, écrit en 1852, s'intitule Enfance; il s'agit du premier volet d'une trilogie autobiographique, et il fit immédiatement de Tolstoï un auteur reconnu. Les ouvrages suivants reçurent également un accueil chaleureux. Après son séjour dans le Caucase, Tolstoï prit part à la guerre de Crimée; il défendit Sébastopol avec son régiment, et relata ce combat dans les Récits de Sébastopol (1855-1856). Tolstoï rentra à Saint-Pétersbourg en 1856, puis voyagea à l'étranger, notamment en France et en Allemagne, où il fut choqué par le capitalisme bourgeois; il put cependant y visiter des écoles, ce qui consolida en lui le désir de se consacrer à l'éducation des serfs récemment affranchis par le tsar. Dès son retour à Iasnaïa Poliana, il y créa une école; ses principes éducatifs étaient exposés dans une revue pédagogique qu'il publia lui-même à partir de 1862 et à laquelle il donna le nom de la propriété. L'année de la création de la revue, le romancier, désireux de trouver une certaine stabilité, épousa Sophie Andreïevna Bers, issue d'une famille moscovite cultivée. Il passa les quinze années qui suivirent à élever ses treize enfants, à gérer sa propriété et à travailler à ses œuvres, en particulier aux deux romans qui devaient assurer sa gloire, Guerre et Paix (1865-1869) et Anna Karénine (1875-1877). Cependant, au milieu de son bonheur, il fut soudainement saisi par l'angoisse de la mort et sa vie lui parut absurde. Peu après la rédaction d'Anna Karénine, il se convertit et exalta dès lors dans son œuvre un certain nombre de préceptes moraux d'inspiration chrétienne mais peu conformes aux dogmes de l'Église orthodoxe: ses points de vue radicaux sur la foi et sur le rôle de l'Église lui valurent d'ailleurs d'être excommunié en 1901. Ses prises de position sur la littérature, en particulier sur les écrivains russes, mais aussi sur les artistes étrangers, nous paraissent aujourd'hui totalement erronées. Il prôna une éthique sévère, faite de frugalité, de chasteté et de pauvreté, sans parvenir lui-même à s'y conformer. Terriblement tourmenté par la contradiction entre le contenu de ses enseignements et le mode de vie que sa fortune personnelle lui assurait — mais aussi par les querelles incessantes l'opposant à son épouse — Tolstoï quitta une nuit le domicile conjugal, accompagné de son médecin privé. Trois jours plus tard, il tomba malade; une pneumonie l'emporta le 7 novembre 1910, alors qu'il se trouvait dans une petite gare, loin de sa demeure.
Tolstoï explora d'abord, dans son œuvre, les chemins de l'autobiographie, avec une trilogie romanesque: Enfance (1852), bientôt suivi d'Adolescence (1854) et de Jeunesse (1856). Sans rhétorique superflue ni sentimentalité, l'auteur y évoquait, à partir de sa propre expérience, les moments importants de l'existence des enfants et des jeunes gens. Il poursuivit son œuvre avec Une tourmente de neige (1856) et les Deux Hussards (1856). Dans les Récits de Sébastopol (1868) qu'il écrivit vers 1855, pendant la guerre de Crimée, Tolstoï se servit encore de ses propres observations pour montrer le faux héroïsme des chefs militaires, comparé à la bravoure des simples soldats et confronté à la réalité brutale de la guerre. Dans son court ouvrage réaliste et poétique, les Cosaques (1863), il peignit avec bienveillance la vie de ce peuple naturel et vigoureux qu'il avait pu côtoyer dans le Caucase, et dont il compare la grandeur simple à l'existence décadente d'un jeune Moscovite sophistiqué. Guerre et Paix est généralement considéré comme l'un des plus grands romans jamais écrits. Ce récit, qui évoque une période troublée de l'histoire russe (l'action se déroule en Russie entre 1805 et 1815, pendant l'invasion du pays par les armées de Napoléon), est paradoxalement marqué par un sentiment de joie profonde — ressentie sans doute par l'auteur pendant la rédaction. Dans cette fresque immense, Tolstoï met en scène cinq cent cinquante-neuf personnages, mais il relate avant tout la vie de cinq familles aristocratiques. Le destin de ces personnages de fiction se mêle à la réalité historique, puisqu'ils traversent d'importantes batailles militaires et côtoient de célèbres figures de l'histoire. Chef-d'œuvre du réalisme, Guerre et Paix brille tant par la vérité des événements historiques que par le portrait physique et psychologique des protagonistes. L'un des personnages les plus attachants du roman est sans doute Natacha Rostov, personnage qui fut inspiré à l'auteur par sa belle-sœur, Tany Bers, et qui incarne à ses yeux la femme idéale: au fil du récit, le lecteur voit cette adolescente exubérante se transformer en une mère de famille rayonnante. Absorbée tour à tour par ses sentiments amoureux, son mariage et ses enfants, Natacha, devenue l'une des plus célèbres héroïnes de la littérature russe, traverse avec une grande sérénité les différents âges de la vie. Natacha illustre superbement les théories historiques de Tolstoï, selon lesquelles l'histoire se construit bien plus à partir de motivations anonymes et d'agissements personnels qu'à partir de grands événements collectifs et publics suscités par les gouvernements. Une philosophie profondément optimiste, ainsi qu'un amour enthousiaste pour la vie dans toutes ses manifestations émanent de ce roman, malgré les horreurs de la guerre et les travers humains qui y sont décrits. L'autre chef-d'œuvre de Tolstoï, Anna Karénine, constitue l'un des plus grands romans psychologiques modernes. L'exubérance de Guerre et Paix laisse ici la place à un réalisme plus pessimiste, puisque, cette fois, les personnages principaux ne parviennent pas à résoudre les conflits où ils sont impliqués, et que l'héroïne finit par se donner la mort. Tolstoï, dans ce drame passionnel inspiré d'un fait divers, relate, parallèlement à la passion adultère d'Anna Karénine pour le jeune officier Vronski, d'autres histoires, notamment celle de l'amour, légitime celui-là, qui unit Kitty et Lévine, mais aussi de nombreuses digressions à thème social ou philosophique. Si la première histoire, tragique, se déroule à Saint-Pétersbourg dans les années 1860, la seconde, heureuse, a pour cadre une propriété à la campagne; destins exemplaires qui permettent à Tolstoï de réaffirmer la supériorité de la vie rurale et naturelle sur l'univers urbain, qualifié de superficiel et de factice. L'auteur fait néanmoins montre d'une grande compassion pour sa coupable héroïne, condamnée à la souffrance et au suicide pour avoir transgressé les lois sociales et morales. L'opinion de Tolstoï est par ailleurs véhiculée par le personnage de Lévine, qui lui sert de porte-parole lorsqu'il critique la sophistication intellectuelle urbaine. De plus, Lévine est assailli d'angoisses et d'interrogations sur le sens de la vie et sur la relation des êtres humains avec l'infini, comme le fut Tolstoï lui-même alors qu'il achevait la rédaction de ce roman. Après Anna Karénine, Tolstoï chemina de la confusion spirituelle à la foi en Dieu, en passant par une longue recherche de certitudes morales et sociales. Ayant adopté finalement les principes de l'Évangile, qui prônent l'amour du prochain et la non-violence, il produisit une importante œuvre philosophique, qui illustrait sa nouvelle foi. Alors qu'il vivait au sein d'un régime autocratique, il n'hésita pas à condamner l'inégalité sociale et le pouvoir coercitif du gouvernement et de l'Église, tout en prônant la fin de la haine, pour une vie plus pure, vécue par chacun en fonction de sa propre conscience morale. Il s'interrogea également sur le rôle de l'art, renia ses propres chefs-d'œuvre romanesques en les taxant de mensonge et prôna un art inspiré par la morale. Parallèlement à ses essais philosophiques, Tolstoï ne renonça pas aux ouvrages de fiction. Il écrivit trois nouvelles, toutes porteuses d'un discours moral, la Mort d'Ivan Ilitch (1886), Maître et Serviteur (1895) et la Sonate à Kreutzer (1889). Les deux premières relatent la conversion spirituelle d'un homme confronté à l'expérience de la mort, et la dernière traite d'un mariage sans amour ni sensualité. Avec les mêmes préoccupations, il écrivit un roman, Résurrection (1899), qui relate la régénération d'un homme de la noblesse très éprouvé moralement.


Aimer d'un amour humain, c'est pouvoir passer de l'amour à la haine, tandis que l'amour divin est immuable.

Il n'est nulle grandeur là où manquent simplicité, bonté, et vérité.

La tristesse pure est aussi impossible que la joie pure.

La vérité doit s'imposer sans violence.

Le christianisme dans sa véritable signification détruit l'Etat.

Les familles heureuses se ressemblent toutes; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à sa façon.

Les mariages se font dans les cieux.

Les vrais chrétiens doivent refuser de se soumettre au service militaire.

Nous ne savons rien. Le seul espoir de savoir, c'est de savoir tous ensemble, c'est de fondre toutes les classes dans le savoir et la science.

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