Proverbes et citations
 
 

Marivaux (Pierre Carlet de Chamblain de) - citations

Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de (1688-1763), écrivain français dont l'œuvre dramatique, fondée en partie sur le thème de l'hypocrisie, renouvela profondément le genre de la comédie. On possède peu de renseignements précis sur sa vie, qui semble avoir été modeste dans ses ambitions et dans ses desseins, si l'on excepte, bien sûr, ses travaux littéraires, auxquels il se consacra tout entier. Né à Paris, il passa son enfance et son adolescence à Riom, où son père était directeur de la Monnaie. Élève au collège des Oratoriens de la ville, il fut destiné à reprendre la charge de son père et entreprit à cet effet des études de droit à Paris en 1710. Deux ans plus tard, il les abandonna pourtant et se mit à fréquenter assidument le salon de Mme de Lambert, où l'avait introduit Fontenelle. Partisan des auteurs modernes dans le dernier épisode de la querelle des Anciens et des Modernes — la traduction d'Homère par Mme Dacier ayant relancé la polémique —, il commença sa carrière littéraire en publiant d'abord un récit (la Voiture embourbée, 1714), puis un roman parodique sur le modèle des épopées burlesques du XVIIe siècle (l'Homère travesti, 1716), ainsi que des Lettres sur les habitants de Paris (1717-1720). Marié en 1717, il perdit sa femme en 1723. Ruiné par la banqueroute de Law, il se consacra entièrement à la littérature pour subvenir à ses besoins. Dès lors, sa vie se confondit dans une large mesure avec son œuvre de dramaturge et de romancier. Quelques amis, la fréquentation des salons, parmi lesquels celui de Mme de Tencin, qui soutint sa candidature à l'Académie, où il fut élu en 1742, l'éducation de sa fille unique, qui, faute de dot, entra au couvent en 1745, furent les éléments principaux d'une existence modeste et sans éclat. L'œuvre de Marivaux s'organise autour d'une question centrale, celle de la sincérité, développée tout au long de sa carrière de dramaturge, mais aussi de moraliste et de romancier. En une vingtaine d'années, il renouvela profondément le registre de la comédie, approfondissant sa réflexion sur les motifs de l'amour-propre, de la tromperie ou de l'imposture, dont il analysa les innombrables variations dans ses pièces de théâtre (la Surprise de l'amour, 1722; la Double Inconstance, 1723; le Jeu de l'amour et du hasard, 1730; les Fausses Confidences, 1737, pour ne citer que les plus importantes), où la subtilité et la légèreté cachent, le plus souvent, une extrême gravité. Inscrit dans la lignée des moralistes du XVIIe siècle, comme La Bruyère, La Rochefoucauld, et de leurs devanciers que sont Montaigne et Pascal, le théâtre de Marivaux soulève l'éternelle question de la transparence du cœur. Les ruses du langage, de l'amour-propre, de l'imagination, de l'orgueil caractérisent les dialogues de ses pièces, et les subtiles dissertations sentimentales de ses personnages ne sont jamais éloignées d'une réflexion amère sur l'ambiguïté et la violence des relations sociales. Par l'emploi éminemment théâtral des thèmes du déguisement et du jeu, son œuvre dramatique semble être dans le droit fil de la tradition italienne et espagnole du romanesque baroque. Cependant, loin de n'être qu'un objet de tromperie, le masque revêt chez lui une fonction de révélateur, tandis que le jeu apparaît comme le principal moteur d'une quête de la vérité. Ces thèmes sont également au centre de sa création romanesque, comme le prouvent les interrogations rétrospectives des protagonistes de la Vie de Marianne (1726-1741) et du Paysan parvenu (1735). Qu'il s'agisse de son théâtre, de ses romans ou de ses articles de journaux, le style de Marivaux sert toujours une recherche de la spontanéité, seule apte, selon lui, à faire surgir l'émotion vraie. Sans doute est-ce pour cette raison, aussi, que les œuvres de cet auteur si typique du XVIIIe siècle ont gardé une telle actualité.

A quoi bon faire des livres pour instruire les hommes? Les passions n'ont jamais lu; il n'y a point d'expériences pour elles, elles se lassent quelquefois, mais elles ne se corrigent guère, et voilà pourquoi tant d'événements se répètent.

Bien écouter, c'est presque répondre.

C'est bien un plaisir que d'être riche; mais ce n'est pas une gloire hormis pour les sots.

C'est un vilain amant qu'un homme qui vous désire plus qu'il ne vous aime.

Chez certaines gens, un habit neuf, c'est presque un beau visage.

Comme les hommes sont quelquefois méchants, mettez-vous en état de faire du mal, seulement afin qu'on n'ose pas vous en faire.

Dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l'être assez.

En général, il faut se redresser pour être grand: il n'y a qu'à rester comme on est pour être petit.

En général, personne ne manque tant de zèle pour adoucir vos peines, que les fourbes qui les ont causées et qui y gagnent.

Femme tentée et femme vaincue, c'est tout un.

Il faut avoir bien du jugement pour sentir que nous n'en avons point.

Il faut que la terre soit un séjour bien étranger pour la vertu, car elle ne fait qu'y souffrir.

Il n'y a point de mal à voir ce que les gens nous montrent. Ce n'est point moi qui ai tort de vous trouver coquette; c'est vous qui avez tort de l'être.

Il n'y a point de plaisir qui ne perde à être connu.

J'aurais cru que la gloire de pardonner à ses ennemis valait bien l'honneur de les haïr toujours.

L'inférieur n'est-il pas bien flatté d'une familiarité dont on ne l'honore qu'en se montrant satisfait des sentiments qu'il a de sa petitesse?

L'usage le plus digne que l'on puisse faire de son bonheur, c'est de s'en servir à l'avantage des autres.

La condition de ceux qui restent est toujours plus triste que celle des personnes qui s'en vont. S'en aller, c'est un mouvement qui dissipe, et rien ne distrait les personnes qui demeurent.

La coquette ne sait que plaire, et ne sait pas aimer, voilà pourquoi on l'aime tant.

La simple infidélité serait insipide et ne tenterait pas une femme sans l'assaisonnement de la perfidie.

Le négligé est une abjuration simulée de coquetterie; mais en même temps le chef-d'oeuvre de l'envie de plaire.

Le regard chez une jeune femme est un interprète toujours charmant qui se charge de dire avec complaisance ce que la bouche n'ose prononcer.

Le trop spirituel est un homme qui n'a jamais assez d'esprit pour savoir la juste mesure qu'il en faut avoir.

Les âmes excessivement bonnes sont volontiers imprudentes par excès de bonté même, et d'un autre côté, les âmes prudentes sont assez rarement bonnes.

Nous sommes plus jaloux de la considération des autres que de leur estime.

On ne met rien dans son coeur; on y prend ce qu'on y trouve.

On ne sent point qu'on est menteur quand on a l'habitude de l'être.

Qu'est-ce que c'est une femme? Pour la définir il faudrait la connaître; nous pouvons aujourd'hui en commencer la définition, mais je soutiens qu'on en verra le bout qu'à la fin du monde.

Quand une femme est fidèle, on l'admire; mais il y a des femmes modestes qui n'ont pas la vanité de vouloir être admirées.

Tous les jours, en fait d'amour, on fait très délicatement des choses fort grossières.

Tout ce qui n'est que suffisant ne suffit jamais.

Un mari porte un masque avec le monde et une grimace avec sa femme.

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